AccueilAccueil  Tumblr DMTH  FAQFAQ  RechercherRechercher  MembresMembres  GroupesGroupes  S'enregistrerS'enregistrer  ConnexionConnexion  


 
Bienvenue sur DMTH Invité love01
PRENEZ LA ROUTE DE BÂTON ROUGE, SUIVEZ NOUS SUR LA V2 !
   

Partagez | .
 

 Elle Sheppard -

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
 
avatar
 
HELL COME HERE

HABILITIES : Manipulation de la chair.
OFFICE : Vendeuse à la Magic Box
SERENADE : Coma white - Marylin Manson


INFORMATIONS CONFIDENTIELLES
SOBRIQUET : Lustuu **
MISSIVES : 360
ACTE DE PROPRIETE : xloz91x - DeviantArt

« Plonger au fond du gouffre, Enfer ou Ciel, qu'importe ? Au fond de l'Inconnu pour trouver du nouveau ! » Baudelaire.
 
Elle Sheppard
Do you want to play with the devil?


Black Moon
JE SUIS:
CAPACITES:
MEDISANCES:
MessageSujet: Elle Sheppard -    30/3/2016, 12:17

Elle Sheppard
Feat Crista Cober
28 ans † Sorcière † Vendeuse à la Magic Box

DATE & LIEU DE NAISSANCE Le 07 décembre 1988, à Londres. 28 ans ; ; ORIGINE Anglaise ; CAMP Membre de la Magic Box ; TYPE DE MAGIE Magie Rouge ; NOM DE VOTRE MENTOR Ma mère et ma grand-mère se sont chargées de mon apprentissage ; DATE DE LA FIN DE VOTRE INITIATION À la fin de l'adolescence ; STATUT CLASSIFICATION Agressif ; ETAT CIVIL Célibataire.  METIER Vendeuse à la Magic Box.  ETIQUETTE La pauvre Elle, qui a eu son cancer, à même pas trente ans. Et puis, se faire larguer, comme ça, du jour au lendemain, alors qu'elle était à peine en train de se remettre... C'est d'une tristesse... Et puis, entre nous soit dit, tu as vu comme elle a changé, depuis ? Une si gentille fille, prête à tout pour les autres, si calme – il paraît que l'autre soir, elle était tellement saoule qu'elle ne tenait plus debout, dans la rue. Je ne te parle même pas de ses vêtements... Non, tout de même, elle n'était pas comme ça, avant – une fille si rangée, si calme, qui change brutalement, du jour au lendemain, c'est étrange. Je veux dire, d'accord, elle a eu un cancer, mais elle devrait prendre encore plus soin d'elle qu'avant, non ?
Qu'est-ce que vous voulez que je vous dise, moi ? J'étais pas comme ça, avant. C'est vrai. J'étais tellement calme, tellement zen, tellement heureuse. J'avais tout. En l'espace de quelques secondes, toute ma vie me glissait des mains. Du sable, qui roule entre mes doigts crispés, mais j'ai réussi à en garder quelques poignées. Quelques poignées d'une vie encore intacte. Un semblant de quotidien, d'habitudes, d'une routine réconfortante. Et le sable s'est transformé en eau, abandonnant les derniers vestiges d'une existence sur ma peau humide, sur les lignes de ma main, ou coincée dans mes ongles. Puis l'eau sèche, s'évapore, s'évanouit. Et il ne reste plus rien.

Identité
✤ Traits de caractères

Des qualités, j'en avais pléthore. J'étais gentille – vraiment gentille –, serviable, je tendais la main à tout le monde. Je n'ai pas perdu cette espèce de pitié, de charité désintéressée. Je cherchais le chat de la voisine pendant une heure dans le quartier, j'achetais quelques conserves pour le chien du SDF qui vivait en bas de chez moi, auquel j'offrais un énorme sandwich et quelques pièces, je faisais des heures supplémentaires au boulot, et trois jours de ménage à la place de mon copain au lieu d'alterner. Mais ça ne me dérangeait pas. J'étais gentille. Accueillante. Un vieil ami arrivé en ville sans prévenir ? J'ai le canapé. Mes beaux-parents qui passent à vingt heures sans prévenir ? J'ai des petits-fours au congélateur, qui n'attendent que ça, et une bouteille de rosé. Je crois parfois que j'attendais, moi aussi, de pouvoir prouver à quel point j'étais bienveillante. Je prévoyais tout. J'achetais de tout. La crème glacée préférée de la petite cousine que je ne vois jamais, juste au cas où, un paquet de cigare pour mon grand-oncle qui ne vivait pas Shreveport. Je prévoyais tout, absolument tout. Et ça n'était même pas fatigant, parce que j'adorais ça. Je portais toujours les fringues les plus appropriées. Mes manières étaient correctes, sans être exagérées. Mais je ne peux pas m'appesantir sur le passé ; parce que je ne suis plus cette personne.
La maladie, ça vous change. Ça vous déglingue quelqu'un, ça vous pourrirait le Dalaï-lama de l'intérieur, ça révèle chacune des noirceurs de l'âme, je vous l'assure. Tout le monde a ça en lui, cette saleté, cette crasse dégoûtante, qui ne veut jamais sortir, et que personne ne veut jamais voir, d'ailleurs. Pourtant elle est là, et elle s'extirpe du fond de vos entrailles dès que le pépin qui vous tombe dessus est assez gros pour vous ensevelir un peu sous la terre. Pour moi, ça a été la maladie. Et à mesure qu'elle grandit, vous faiblissez. Et votre personnalité disparaît. Je suis devenue dégueulasse. D'une impatience incroyable. Ce que je voulais, je devais l'avoir tout de suite – je suis malade, bordel, je vais peut-être crever, alors laisse-moi faire ce que je veux. Si je veux manger, vomir, baiser, si je veux un sac à main qui vaut deux salaires ou un retour en Angleterre, il faudra me le donner. Si je veux fumer, arrêter de bouffer, arrêter de baiser, commencer à boire, si je veux te parler mal, il faudra le supporter. Parce que je suis malade, et que ça n'est pas de ma faute. J'ai lutté. Lutté comme une damnée pour m'en sortir, pour ne pas laisser la maladie m'engloutir. J'étais sûrement faible, parce que j'en ai vu, des femmes continuer de rire, de papouiller leur mari, de minauder. Moi, j'ai pas pu. Surtout pas à la fin. Dans notre relation, il y a eu des hauts et des bas. Puis venait le moment fatidique où je m'en voulais, où je me dégoûtais, d'être comme ça. D'être devenue comme ça. J'en aurais crevé, de me détester à ce point. De parler comme ça, d'exiger, de râler, de faire la gueule, de passer mes journées dans le noir, à me laisser aller à la douleur et à la peine. C'est pour ça, que je l'ai laissé partir. La maladie n'avait pas seulement pourri en moi, elle avait aussi insufflé ce relent de mort entre nous deux.
Maintenant, ça va mieux. Un très peu subtil mélange entre les deux, voilà ce que je suis. Si je dois tendre la main à quelqu'un, je le ferais, si je peux aider. Pour ma conscience, pour savoir que je ne suis pas complètement inchangée, et je m'arrêterais là. Quelques traces des deux axes les plus importants de ma vie, en somme. J'ai vécu presque trente ans. Il y a eu ces vingt-cinq ans paisibles, puis le reste, rongé par la maladie, qui pèse aussi lourd dans mon histoire.

Ce qui me fout la frousse, une peur pas possible, c'est le vide. L'immensité. L'océan, l'espace, la hauteur. Ce que je ne peux pas jauger, mesurer, quantifier. Ce vide, il fonctionne aussi pour moi. J'ai peur d'être vide, d'être seule. J'avais tout, je n'ai plus rien. Alors je comble, avec des bribes de vie, ici et là, de temps en temps, comme je le peux. Je m'occupe. C'est malheureux, comme existence. J'aime bien faire la forte. Avant, quand j'étais jeune, je ne pleurais jamais. Je réussissais à tout retenir. Je me forçais à lancer le film le plus triste qui soit à mes yeux, et je le regardais de bout en bout, sans jamais avoir le menton qui tremble, ou les yeux humides, lorsque j'étais adolescente. J'avais tellement souvent envie de pleurer pour rien que je me forçais à tout retenir, et ça fonctionnait. Et lorsqu'on s'apaise, on laisse tout couler, au fur et à mesure que les années passent, et que s'installe une stabilité qui vous pousse à vous laisser aller. Mais au fond, j'ai toujours aimé pleurer toutes les larmes de mon corps, j'ai toujours aimé m'endormir en pleurnichant, pour me réveiller avec les yeux gonflés, pourvu que personne n'en sache jamais rien. Ça me vidait de toute la saloperie que je ressentais, ça me faisait du bien, et lorsque j'étais face à quelqu'un, je n'avais plus envie de chialer. Alors maintenant, je fais la forte, mais c'est que du vent. Si on tire un peu trop sur la bonne corde, je rouvre les vannes.

Je fais toujours la fille détachée, qui en a rien à foutre, alors qu'au fond, je juge tout. Cette femme est trop grosse pour porter un short aussi court. Ce mec se la pète à la salle de sport alors qu'il réussirait même pas à me soulever. Regarde-le, celui-là, à courir dans les jupons de sa copine - on sait qui porte la culotte, entre eux... Et celle-là, elle est vraiment pas belle, c'est quoi ce nez ? Qu'est-ce qu'elle fiche avec un mec aussi bête ? Le soir du nouvel an, je les ai vu baiser contre une voiture dans mon ancien parking – dégoûtant. Et tout ce que tu veux, tant que c'est négatif. Ça me fait du bien, d'être mauvaise, un peu.

Mais j'ai le droit, j'ai eu un cancer.

✤ Occupations, manies, habitudes & goûts

Toujours une cigarette au bec. Parce que ça ne m'a pas suffit de manquer de crever une fois. Et un verre à la main, jusqu'à tomber raide, parfois. J'aime bien traîner la nuit, parce que rien n'est pareil, lorsque le soleil se couche. Dans un bar, dans une boîte, ou dans un endroit pourri, avec une sale réputation, pour voir si c'est vraiment si chaud que ça, là-dedans. Si je me fais draguer, je me fais pas prier, pour un peu que tu me plaises, que je te trouve séduisant. Même si ce ne sont que les yeux, les mains, l'allure, les cheveux. Mon esprit fera le reste. Je saute la moitié de mes repas, et je mange pour trois lorsque j'ai faim. Mes vêtements sont trop courts, ou trop transparents, ou bien un jean un peu trop large, qui tombe trop bas sur mes hanches. Mon corps, je l'aime, et je ne l'ai jamais mis en valeur. J'ai failli le perdre ; puis on me l'a volé, alors je l'expose. Pour ne plus qu'on me le pique. Qu'on le revendique. Si je le montre trop, personne n'en voudra vraiment longtemps. Mais on va le désirer. Et c'est tout ce qui me fais vibrer, le désir.
J'aime rester au lit une heure avant de me lever, quitte à mettre le réveil beaucoup trop tôt. Pour traîner sur mon téléphone, à moitié éveillée ; je regarde les informations, je lis des conneries sur Brad et Angelina, je regarde si Netflix a ajouté la dernière saison de la série que j'adore. Je déteste le café, et dès le matin je m'enfile un bol entier de fromage blanc. Ça m’écœure, mais au moins, je n'ai plus faim pendant des heures. J'aimerais faire croire que je mets vraiment les premières fringues que je trouve dans mon placard, mais je suis un peu plus soignée que ça. Je porte beaucoup de cuir et seulement des chaussures plates. Je n'aime pas saluer mes voisins dans les couloirs, ni les gens que je connais dans la rue, alors je me visse des lunettes de soleil sur le nez et des écouteurs dans les oreilles, pour avoir toutes les raisons du monde de ne remarquer personne. Mais derrière les verres teintés, je suis obligée de regarder partout. J'aime bien les potins, les saloperies, les petits secrets, même si je m'évertue à faire comme si j'en avais rien à foutre. J'aime bien épier de tous les côtés, et je papillonne dès que je suis entourée de plus de cinq personnes. J'aime bien observer les gens, en me taisant. Je n'aime pas trop parler, parce que j'ai l'impression de n'avoir jamais rien d'intéressant à dire. J'aimerais être plus détachée, comme lorsque j'étais ado, mais en l'âge adulte m'a apporté son lot de responsabilité, de sérieux, et la maladie a évincé sur son passage les dernières traces d'insouciance que j'avais encore.
Mes cheveux ont repoussé depuis le traitement, mais j'ai gardé l'habitude de porter des perruques. J'adore ça, je les chéris toutes. Elles ne sont pas d'une très grande qualité, mais je ne recherchais pas le réalisme. Un carré court roux à la Julianne Moore dans The Big Lebowski, un blond court à la Agyness Deyn, un carré blond, noir, brun, j'ai de tout en magasin, tant que c'est court. Parce que court, ça n'est pas moi. Tant que les cheveux ne me tombent pas sur les épaules, je sais que ça n'est pas moi, j'en suis sûre.

✤ Magie utilisée Je suis née d'une mère sorcière, dont la mère en était elle-même une. Ma grand-mère m'a donc enseigné très - trop ? - tôt de vieilles langues dont je ne comprenais rien, à l'époque, et que je n'apprenais pas assidûment. Erreur corrigée à l'adolescence, lorsque je me suis rendu compte de la difficulté d'évoluer sans bases solides. Ma grand-mère aurait pu m'éduquer à coups de fouet dans le dos que j'en aurais été autant traumatisée. Elle ne parlait que de ça. Quelle chance que sa petite fille soit une sorcière, il fallait en profiter, et lui gâcher tout son plaisir au passage. Je réécrivais chaque formule tant que mes lettres n'étaient pas parfaites dans mon grimoire. Ton grimoire, tu vas le garder à vie, pas question de t'en refaire un tous les deux ans. Pas de fleur dans les coins ni de mots coupés en deux, même si tu n'es qu'une gosse. Ma mère était moins chiante, ma foi. Au début, en tout cas.
Tu ne feras que de la magie blanche, et tu seras une grande guérisseuse. C'est bien vu, tout le monde aime ça, et puis, c'était la spécialité de ma grand-mère. Grands dieux, pas de magie noire. Et la magie rouge, n'en parlons jamais. Si ça n'est jamais mentionné, Elle n'en saura jamais rien. C'était leur créneau. Si on n'en parle pas, ça n'existe pas.
Tu parles. La magie blanche, je n'y ai jamais vraiment touché. Je n'ai jamais pu, je ne suis pas faite pour ça, ça ne me ressemble pas. Et au lieu de prendre la voie de la guérison, j'ai pris l'immonde voie de la destruction. Le sang qui bout dans tes veines, la chair qui gonfle sous ta peau, ta rate qui ne sera bientôt plus qu'un petit pruneau. La souplesse de la chair, la sensibilité d'un organe, c'est mon domaine. C'est de leur faute, si c'est la rouge qui s'est développée en moi. Je les détestais, du fond de mes entrailles. La haine se transforme en énergie, me chuchote des mots que je suis la seule à comprendre. Et puis, c'est là-dedans que je me retrouvais. Ça ne s'explique pas vraiment, je crois.
Alors, je peux tripoter la chair, comme de la pâte à modeler. Je lui donne la forme que je veux, si je suis dans mes bons jours. Sinon, je dois puiser dans une énergie incroyable, pour créer ce que je désire. Et j'en ressors éreintée. Ces jours-ci sont plus rares, et n'existent que depuis que j'ai été malade. Le sang dans les veines peut bouillir, comme si je le passais au micro-onde. Ça me fait mal rien que d'y penser. Il peut geler, devenir aussi gluant qu'une crème pâtissière loupée, pâteux et lourd, ou d'une fluidité dangereuse. Si je le désire, il peut coaguler, enfler dans les sillons de ses veines, et couler à flot.
Je peux nouer ton intestin, te poser une chape de plomb au fond du bide pendant une semaine, jusqu'à ce que tu me supplies de te laisser poser une pêche. Je peux te filer une diarrhée monumentale, une dysenterie fulgurante, et tu vas te vider avant même d'atteindre l'hôpital. Tes cellules sont au creux de ma main, et j'en fais ce que je veux. Une cellule défectueuse, une tumeur agressive - ironie du sort. Je joue avec les nerfs, au sens le plus basique du terme – je te rends si sensible que le moindre contact de l'air est douloureux sur ta peau, qu'un seul battement de cœur et les veines qui palpitent sous ton épiderme te donneront envie de mourir de souffrance. Je peux anéantir la douleur, au contraire, et te parer d'une formidable insensibilité, si c'est ce que tu désires. Anéantir une zone entière de ses muscles, les atrophier à jamais, ou développer les trapèzes de Schwarzy en quelques minutes, j'en suis capable.
Mais je ne peux pas toucher aux os. Je ne peux rien guérir, rien enlever. Je peux te créer un cancer généralisé, mais pas ôter le kyste près de tes ovaires. Dès que le mal est en toi, je ne peux plus rien faire que l'accentuer. Une fois que j'ai agi, je ne peux plus revenir en arrière. Alors il faut peser le pour et le contre, et jamais se jeter dans la gueule du monstre de la cruauté. J'étais malade, et je ne pouvais rien faire. Je regarde décrépir tout ce qui m'entoure.
En temps normal, je peux faire tout ça, à petite ou moyenne échelle. Un peu de passion, et je fais des étincelles. C'est pour ça que le désir, l'envie, sont mes moteurs. C'est ce qu'on provoque le plus facilement. Et plus je le ressens, plus je vis. Un peu d'amour, un peu de haine, de colère, d'envie, de cruauté, et je démarre au quart de tour.
À chaque rituel, je me fous à poil, et je laisse chacun des frémissements de la magie me rouler sur la peau, s'infiltrer dans mes entrailles, glisser le long de mes cheveux. Mais je n'ai jamais pu sacrifier une bête sur l'autel. Peut-être que c'est pour ça, que je suis tombée malade. Peut-être était-ce la conséquence ultime des méfaits de la magie sur mon corps. Ou le karma, qui se moque de moi. Tiens, pourris l'intérieur de tes congénères, et regarde-toi décrépir petit à petit, mourir à petit feu, sans rien pouvoir y faire. Tu peux modifier la chair, les cellules, les organes, mais seulement pour les empirer, jamais pour les guérir.
Peut-être que dorénavant, je rechignerai moins à procéder à un petit sacrifice de temps en temps. Mais, bon dieu, jamais un animal, non. Ce serait trop cruel.

✤ Convictions Putain de vampires. Je les déteste. Nous étions si bien, avant. Quand personne ne savait rien, et que les vaches étaient bien gardées. Depuis, on est persécutés, traqués, regardés d'un mauvais oeil. On ne sait jamais sur qui on va tomber. Un humain revanchard, un vampire trop zélé, un mage négligeant ? Je ne me sens plus vraiment en sécurité. J'aimais le silence qui régnait sur nos espèces, et je ne voulais pas en savoir davantage sur mes congénères et autres monstres de notre trempe. Je ne voulais pas que l'on me force à regarder, à garder les yeux ouverts devant un film que je ne désirais pas voir.
Mais il faut faire avec. Alors je m'affiche. Je ne vois plus l'intérêt de me cacher. Je sais me défendre, mais je ne suis pas particulièrement belliqueuse – et puis, surtout, je n'ai plus rien à craindre.

✤ Signes particuliers Un tatouage, que j'expose seulement à poil devant le drapeau américain, avec un ballon de rugby dans les mains. Eh ouais.


Story of a wonderful life



1999
La petite glisse un élégant zippo dans un petit cartable pourpre, qu'elle referme soigneusement, pendant qu'une femme noue une longue tresse dans son dos. Elles restent muettes un long moment, jusqu'à ce que les cheveux soient correctement attachés. Pourtant, quelques mèches rebelles commencent déjà à glisser de la masse tendue, apportant davantage de douceur au visage de l'enfant. Ses yeux bleus sont baissés, et l'inquiétude se lit sur ses traits juvéniles. Elle ne peut pas parler aux autres de son don, elle le sait, et ça la blesse. Elle n'aime pas les secrets. À chaque fois qu'un secret éclate dans son foyer, sa mère pleure, et les cris envahissent les quatre murs de leur maison. Non, elle déteste ça, mais elle va s'y plier, elle y est bien obligée. C'est une responsabilité, comme le dit sa grand-mère, il va falloir faire avec. Un léger sourire étire ses lèvres lorsque sa mère la tourne vers elle, et dépose un baiser sur sa joue. Elle n'aime pas les bisous de sa mère. Elle n'aime pas les câlins de sa mère. Elle voudrait ceux de son père, mais il n'est pas souvent là. Il lui manque. Elle voudrait abandonner tout ça, ce quotidien, cette vie, et le rejoindre. Passer son temps sur les routes, à ses côtés, même si c'est inconfortable. Elle le sent s'éloigner, et ça lui déchire le cœur. Aussitôt, son sourire s'efface, et elle baisse à nouveau le visage. Sa mère sent le café, et le parfum. Elle s'en détourne, et mettra toute cette inquiétude sur le compte de son entrée au collège.

**
2003

Elle balance son sac sur son lit. Elle a envie de pleurer, de hurler de rage. Bon sang, ce qu'elle peut détester sa classe, ses profs, sa mère, sa famille, et le monde tout entier. C'est ça, l'adolescence ? Avoir envie de hurler toute la journée ? Je préférerais encore être une gosse inutile, se dit-elle amèrement. Plutôt être une vaine gamine que d'être assez grande pour mettre des mots sur tout ce que je déteste, pour comprendre ce qui m'entoure, alors qu'avant, j'en avais rien à foutre. Allongée sur son lit, elle roule sur le ventre, et enfouit son visage contre son oreiller. Sa mère ne va pas tarder à se pointer, bien sûr, pour lui dire de faire son lit, de sortir le chien, de s'atteler à terminer ses devoirs. Que des conneries qu'elle ne veut pas faire, qui ne servent à rien. Elle se penche et attrape justement le chien, et le blottit contre elle.
Non, elle sait ce qu'elle va faire. Quelque chose que sa famille déteste, mais qui va lui faire du bien. Elle embrasse le crâne étrangement rond, et doux de son chien, et se lève brusquement du lit.

*

Un foulard sombre sur le crâne, noué au niveau de mon cou, j'agite lentement les mains au-dessus d'une brosse à cheveux jaune à paillettes. Les bougies sont allumées, et la flamme fixe nous éclaire faiblement. Je garde un regard immobile et vitreux sur un point indéfini, sur la petite table, sur laquelle se trouve la brosse. Les lèvres entrouvertes, je respire bruyamment, et me laisse envahir par toute cette fausse énergie que je m'emploie à transpirer.

« Oui... » susurré-je d'une voix gutturale. « Oui, Archie, tu es... » … bête à manger du foin, Archie. « Tu es son prochain petit ami, je peux te l'assurer... », dis-je sur le même ton, en tripotant des cheveux emmêlés dans les dents de la brosse. Piquée par la curiosité, je roule des yeux, et fais mine de reprendre contenance, avant d'allumer un petit cône d'encens. Il brûle rapidement, et emplit bientôt notre petit espace. L'atmosphère devient étouffante, et la fumée me brûle les yeux, que je garde résolument ouverts – fixés sur Archie. Je le dévisage bientôt sans plus le voir. Lâche-toi. Lâche-toi. Fais-le. Je me sens partir, comme si je m'endormais après une journée éreintante. Mes paupières sont d'une lourdeur douloureuse, et je tends les mains, à tâtons, à la recherche de celle d'Archie, que je sens après quelques secondes d'hésitation de sa part, peut-être. Elle est froide, et la peau n'est pas douce sous mes doigts, plutôt légèrement fripée. Je ne parviens plus à tenir ma tête sur mes épaules, et elle bascule en arrière. Mes yeux sont révulsés, et mon dos contracté dans une étrange position, peu naturelle, les doigts crispés sur les mains de Archie, qui tente de se défaire de mon étreinte. Je suis si près d'y arriver que j'ai envie de pleurer de rage. Je le sens, au fond de mes tripes, que je pourrais y arriver. Mon corps tout entier se tend, et me fait mal – je ne peux pas ignorer la voix dans ma tête. Un peu de sang. Une goutte. Une gouttelette, même, suffirait, une éclaboussure, tiens. Je sens la main m'échapper des doigts, et je bascule en arrière, d'une lenteur exaspérante. Je me sens flancher, tomber, et pourtant mon dos n'a toujours pas heurté le sol.

Un hurlement m'échappe. Mes cheveux me font souffrir, et une douleur lancinante dans le crâne m'arrache à cette espèce de torpeur, de transe. Le visage de ma grand-mère est au-dessus du mien, et ses doigts empoignent ma tignasse. Je me redresse tant bien que mal, guidée par le mouvement brusque de son bras, en geignant. Mon foulard me tombe bientôt sur les yeux, et elle daigne me lâcher, endolorie et choquée. Les bras contre mon corps, j'adopte malgré moi une posture défensive, le dos courbé et les genoux un peu fléchis. Je croise un regard impérieux, et j'ôte mon foulard avec lenteur, comme une enfant prise la main dans le sac. Le silence se suspend dans l'air, et je déglutis avec toute la difficulté du monde. De toute évidence, elle attend que je prononce un mot. Mais je n'ai rien à dire. Je garde les yeux baissés vers le sol, la lèvre mordue.

« - Je ne...
- Tais-toi, me coupe-t-elle aussitôt. Ça valait bien la peine de me faire commencer la première. Tu devrais avoir honte. Ton don ne se vend pas. Il ne s'explique pas. Il se ne communique pas. Tu ne devais en parler à personne, siffle-t-elle entre ses dents en se rapprochant de moi.
- Je n'ai rien vendu !, protesté-je vivement. Putain, quelle injustice. C'était gratuit ! Je comptais m'amuser un peu. Le ton de ma voix s'affaiblit rapidement, et je détourne à nouveau le regard, honteuse. Je voulais lui faire croire des choses. Mais j'ai été tentée de... de voir, pour de vrai. Pour me tester, pour voir ce dont je suis capable. Mais je n'ai rien vu ! Rien, parce que je suis complètement bidon, je ne sais rien faire. À chaque fois c'est pareil. Je ne vois rien. Je ne sens rien. Tout ce que je sais faire, c'est ensorceler un vieux collier, ou retrouver mon chemin quand je vais promener le chien dans la forêt. Je ne sais rien faire d'autre.
- C'est parce que tu n'es pas passionnée. Tu ne travailles pas assez. Tu ne t'y mets pas à fond
, crache-t-elle, et je sens à nouveau les larmes me monter aux yeux. Ne pleure pas. Pleure pas. Pleure pas. Je déglutis, et serre les dents, en regardant ailleurs.  
- Non. C'est parce que je suis bridée.
- Bridée ?
, elle rit. Et par qui ? Par moi ? Par ta mère ? Tu sais, j'aurais accepté que tu fasses n'importe quoi avec tes amis, du moment que tu t'employais à les aider. Tu dois pratiquer la magie blanche. Tu peux les protéger, les aider à guérir d'un mal, tu peux les aider à aller mieux. Mais rien d'autre, tu m'entends ? »

Rien d'autre. Je la dévisage un instant. Je n'y arrive pas. Je ne peux pas faire de magie blanche, je n'y arrive pas. J'ai envie de le lui beugler au visage, en détachant chaque syllabe de cette putain de phrase, si ça lui permettait de m'entendre. C'est la magie rouge. Je le sais. J'en pleurerais, encore. J'ai l'impression de me débattre dans une cage en verre, et personne n'entend rien. Ils me regardent sans me comprendre. Je soupire lentement, et secoue lentement la tête.

« Non, je ne peux pas. Je ne suis pas faite pour ça. Tu le sais bien. Arrête de me forcer. », soufflé-je à voix basse.

**
2012

La magie rouge, ça vous gagne. J'étais nulle, gamine, je ne faisais les choses qu'à moitié, je ne parvenais pas à faire quoique ce soit de convenable. Puis à force de chercher, on se trouve. Un peu de sang, ça n'est pas grand-chose, compte tenu de ce que je peux apporter aux gens. Je n'ai pas un don personnel très faste, je vous l'accorde. Mais chacun peut y trouver son compte. Londres me manque, depuis que je suis gosse. J'y suis née, je l'ai aimée, je l'ai en adoration. Shreveport, à côté, c'est un bidonville à mes yeux. J'ai même réussi à me trouver un anglais, pour combler mon violent désir de toucher du doigt mes racines. Allongée sur l'énorme roche arrondie, je laisse le soleil caresser ma peau, le crâne sur les cuisses de Callum. Les yeux fermés, je m'abandonne peu à peu, et profite de mon jour de repos. Travailler à la Magic Box, c'était du pain béni, pour moi. Aucune envie de faire des études – après tout le temps que j'ai déjà passé en cours, ce serait de la torture –, je ne pouvais pas mieux tomber. Ma vie est belle. vingt-cinq ans, toutes mes dents, un bel appartement dans cette ville quoique miteuse, mais que malgré mes critiques j'affectionne. Callum, qui est parfait pour moi. Je ne vois plus ma famille, sauf mon père, que j'ai au téléphone, un peu. La magie m'habite, passe presque dans mes veines, sans que je doive m'évertuer à tous les efforts que je faisais lorsque j'étais adolescente. Je tends la main à tâtons, et cherche ma bouteille d'eau. Quelques débordements magiques, ici et là – mais j'aide mon prochain. C'est tout ce que je fais, aider les autres. Tout le temps. Et finalement, j'y trouve mon bonheur.
J'entrouvre les yeux, et laisse la luminosité m'éblouir.

**
2013

« C'est pas bon. C'est un cancer. »

Cancer. Je le regarde, interdite. Une seconde, deux secondes, trois secondes. Puis je m'esclaffe, incertaine.

« Comment ? J'ai... Je n'ai que vingt-cinq ans, c'est ridicule. Je... Non, vous vous... C'est... »

Je m'esclaffe à nouveau en secouant la tête, sans savoir pourquoi. Je tomberais de ma chaise. Je m'enfoncerais dans le sol, si j'en avais l'opportunité. Le ciment me tombe sur l'estomac, dans les pieds, sur le haut du crâne. Non, je n'ai pas de cancer, relis tes notes, vérifie que c'est bien mon dossier, fais quelque chose. Cancer. Le mot suinte d'acide, et je regarde le docteur, avec une intensité telle que je le tuerais sur place. Je n'avais qu'une grosseur. Une grosseur dans le sein. Que l'on a déjà retirée. Je touche ma poitrine machinalement, pour sentir la douleur de la pression de mes doigts sur les points. J'appuie, et grimace. Non, c'est bête, je n'ai déjà plus rien. Pas de cancer. Pourtant, les larmes me troublent la vue. Mon sourire s'est transformé en affreuse grimace, en rictus tordu, douloureux. L'homme qui me fait face, et qui regardait jusqu'à présent ses papiers, pose son regard sur le mien. Il sourit faiblement.

« Je vais vous rediriger vers un de mes collègues à l'hôpital, dit-il en écrivant quelque chose sur un papier. Prenez rendez-vous avec lui, apportez-lui votre dossier – il le prépare, avant de me le donner –, et commencez le traitement le plus vite possible. »

Le traitement. Quel traitement ?
Je déambule dans la rue, trop agitée pour m'allumer une clope, trop faible pour appeler quelqu'un, trop fébrile pour avancer à pied et rentrer chez moi, trop choquée pour héler un taxi. Un cancer. vingt-cinq ans. Mes traits sont lâches, je n'arrive plus à tenir mon visage, et j'ai le sentiment que ma peau coule sur mes os. Je ne sais pas. Je m'appuie contre un lampadaire, et tiens fermement mon sac entre mes doigts. Une guérisseuse. Je dois en trouver une.
Je prends de l'élan et fais mine de repartir, mais me stoppe aussitôt, brusquement, et retombe contre le lampadaire. Qui pourra m'aider ? Peut-être dois-je affronter ça normalement. Comme les autres. Je crée le mal, et le mal est venu à moi. Je dois le jeter hors de mon corps. Comme les autres.
Ou pas. Je ne sais pas. Je rajuste ma robe, époussette le tissu et en profite pour le lisser, puis prends finalement le chemin de l'appartement. Je peux le faire.

Je m'effondre sur le lit, les jambes tremblantes. Je n'y parviendrai jamais. Je n'y arriverai pas. Je n'y survivrai pas. Je vais mourir. Les larmes, pour une fois, ne coulent pas. C'est un regard vide et fixe dont je me pare inconsciemment. Je passe une main sur mon sein. Qu'as-tu fait ?
Je vais mourir. J'abandonne les membres de mon corps à une lente indolence, et m'enfonce dans l'édredon épais. Le mal est en moi. Que va-t-il se passer, maintenant ? Je me lève brusquement, saute presque du lit, et me rend devant mon chiffonnier, dont j'ouvre chaque tiroir sans ménagement, sans réfléchir avec précision à ce que je cherche. Je sais ce que je cherche, je sais quelle est sa place, mais je ne peux pas réfléchir. Je suis trop pressée. Je vide les tiroirs par terre, et abîme des centaines de dollars d'ingrédients, sans m'en soucier davantage. Je récupère quelques petits sachets de feuille, de l'encens, et me jette presque sur une chaise près de la table. Je pose tout sans ménagement devant moi, et allume mon zippo avec difficulté, les doigts tremblants. Pendant que l'encens brûle, je ferme les rideaux fébrilement, et me rassieds lentement, cette fois-ci. Dis-moi. Dis-moi si je vais mourir. Je dois savoir si je vais y passer. Je laisse la fumée se glisser dans mes narines et me les brûler, tandis que je laisse la flamme de mon briquet lécher les quelques herbes que j'ai devant moi. Dis-moi si je vais crever. Si cette vie va s'arrêter.

Soudain, je tourne la tête vers la porte d'entrée, qui s'ouvre, se referme. Callum entre dans la pièce, un sourire aux lèvres. Son regard produit le cercle douloureux d'un serpent qui se mord la queue. Mon manteau jeté par terre, les tiroirs du chiffonnier vidés au sol, l'encens qui brûle, les herbes et la fumée – puis moi. Je le dévisage une seconde, et me redresse brusquement, me cogne les genoux dans les pieds de la table.

« J'ai un cancer. »

**

J'étais persuadée qu'en me réveillant le lendemain, je me dirais que tout ça n'était qu'un mauvais rêve, et que la chute en serait d'autant plus dure, le temps de réaliser que tout était bien réel. Je redoutais ce premier sommeil, cette première nuit, ce fameux réveil. Et puis, rien. En ouvrant les yeux, j'ai eu l'immonde sensation de savoir pertinemment que la journée d'hier était bien arrivée. Que tout cela s'était produit. Je n'avais aucun doute à ce sujet, et la journée se répétait dans ma tête, inlassablement. Quelques bribes, quelques mots, quelques pensées que j'avais eu la veille, qui me revenaient bêtement en tête. C'est une drôle de sensation. Les yeux douloureux, la peau des joues sèche à force d'avoir recueilli de vaines larmes, maigre représentation de mon état général, et tout le corps en souffrance. Je m'imagine déjà des maux que je n'ai pas, qui n'existent pas. Je passe à nouveau une main sur ma cicatrice. C'est vrai qu'il y avait une grosseur, mais ils ont tout enlevé.
Allongée dans le lit, mal à l'aise, je laisse Callum se serrer contre moi. J'ai l'impression qu'il se blottit. Au lieu de passer une main autour de ma nuque, de me dire que tout ira bien, il veut inconsciemment se faire dorloter. Je passe malgré tout une main autour de lui, et soupire. Un soupir las, qui ne veut jamais se terminer, arriver à bout de souffle. De ma main libre, sans ménager les mouvements de mon corps qui seraient susceptibles de gêner le dormeur à mes côtés, je me tends et attrape mon téléphone. Ce matin, je n'ai même pas le cœur à regarder des bêtises dessus. J'appelle ma grand-mère, et me racle plusieurs fois la gorge, pour ne pas offrir un spectacle trop misérable de ma propre personne, ne serait-ce qu'au téléphone. Je m'efforce d'avoir un ton détaché et vif. La vie continue.

**

Je patiente dans la salle d'attente du médecin, Callum à mes côtés. J'ai pris le seul canapé de la salle. Je le mérite bien, merde, me dis-je amèrement en serrant ses doigts entre les miens. Je suis dans le cabinet de mon gynécologue. Une femme enceinte patiente en face de moi. Mon regard se trouble, se noie déjà dans quelques larmes stupides. Je m'en veux tellement, de pleurer. Je ne fais plus que ça. Je pleure, et je ris avec Callum à en pleurer aussi, pour rien. Un chien qui pète, une femme qui tombe, une vidéo bête sur internet. Et puis je pleure. Je ris de vouloir voir ça tous les jours, toute ma vie, pendant des années, et je pleure de ne pas pouvoir y arriver. C'est tellement bête. Je garde toujours une main près de ma poitrine, comme si je pouvais gérer l'avancée de la maladie, la comprendre, la ralentir. Lorsque je m'en rends compte, j'éloigne mes doigts aussitôt. Je ne dois pas laisser transparaître tout ça. Je ne supporte pas les geignards, je n'en deviendrai pas une. Je n'attirerai pas l'attention sur moi. Je lâche la main de Callum et refais mon chignon en patientant, en tentant d'en faire quelque chose de joli. Je me suis maquillée. J'ai résisté à l'appel du vieux pantalon trop large, des cheveux gras, et des grosses lunettes de soleil. Un rendez-vous inutile, puisque je serai redirigée, mais je veux plusieurs noms, plusieurs explications. Je ne peux pas arriver devant un oncologue que je ne connais pas, et passer pour l'imbécile de service qui n'y connais rien à sa maladie.

Mon regard glisse sur son visage doux. Sa barbe de quelques jours, les cernes sous ses yeux, ses iris clairs et tristes. J'ai besoin de lui. Parfois, il m'insupporte, d'être si bien portant, en bonne santé. Puis je me ravise, et j'ai honte, tellement honte, de penser ça. Je veux aussi être en bonne santé. Vivre, me marier avec lui dans une somptueuse robe, faire éclater des soupirs et des « Oh, qu'ils sont beaux » sur notre passage. Avoir des enfants, une belle baraque, un gros chien, une boîte aux lettres kitsch en forme de maison, une piscine gonflable dans le jardin. Je rêve de barbecues printaniers, pressés que nous serions de faire griller un peu de poisson à l'arrivée des beaux jours, et de bronzette dans l'herbe l'été venu. D'accompagner les enfants taper aux portes des maisons à Halloween, de grignoter les bonbons avec eux. Mais ma période préférée, c'est l'hiver. Se rouler dans la neige, apprécier d'être au chaud pendant une grosse tempête, allumer la cheminée et se blottir devant, se sécher les fesses face au feu crépitant. Faire semblant d'être le père Noël et engloutir les biscuits posés par les enfants. Passer une nouvelle année. Je rêve de simplement passer une nouvelle année – ma main serre à nouveau celle de Callum.

**

Assise à la table de la salle à manger, face à celui que je vois tous les jours depuis des années, nous sommes en pleine séance d'intense réflexion. Deux médecins. Deux avis. Une ablation du sein. Pas d'ablation. Je pousse un de ces longs soupirs sans fin, dont je suis devenue une véritable pro. Je sursaute violemment lorsque la table en bois vibre sous mon téléphone, et décroche aussitôt, à fleur de peau, le cœur battant à tout rompre sans raison. Putain.
Ma grand-mère a trouvé une guérisseuse de confiance. Je n'ai plus confiance en personne, ni rien, alors je n'ai pas osé prendre des mesures moi-même. Je ne croyais plus en rien. Les doigts tremblants, j'acquiesce sans mot, comme si elle se trouvait face à moi. Ça va aller. Je lance un regard entendu à Callum. Je vais être sauvée.

**

« Je vous assure que je n'ai plus de cancer.
Mademoiselle Sheppard...
Je vous dis que je n'ai plus rien ! Je n'ai plus de cancer !, m'écrié-je en me redressant brutalement devant son bureau. Les larmes, encore, toujours. Je n'ai plus rien ! Refaites une IRM ! Refaites un scanner ! Parce que je n'ai plus rien ! C'est impossible !
Écoutez, je sais que c'est difficile, mais rien ne peut disparaître sans traitement...
C'est impossible, il n'y a plus de cancer, je vous l'assure..., ma voix se fait plaintive, presque suppliante. Il est toujours là. Cette connasse de guérisseuse l'a mal fait, ou pas fait, ou alors il est déjà revenu.
Il faut impérativement débuter le traitement. »

Interdite, je le regarde, toujours debout. Je n'ai plus d'assurance, et mon corps s'affaisse lentement sur le siège. Je me laisse aller silencieusement. Je suis déjà passée par les quatre stades du deuil, et je retombe à nouveau à la première. Le cancer serait déjà revenu, alors ? Si la guérisseuse n'a pas pu l'enlever définitivement, je vais en mourir. J'en mourrai. Je vais mourir. Les mots se tapent au fond de ma tête, comme lancés par un boomerang. Je ne pense plus à rien d'autre. J'entends Callum discuter avec le médecin. Oui, faisons une chimio. Pour que je dépérisse, que je fane comme un vieux bouquet de rose deux semaines après la Saint-Valentin. J'abandonnerai mes pétales de vie secs et morts sur mon chemin, jusqu'à ne plus ressembler à rien. Faisons une chimio.
Ablation. Je contracte la mâchoire. J'ai envie de renverser son bureau, de tout jeter par terre, de le gifler. Je pose une main sur mon ventre, à défaut de pouvoir la mettre sur mon sein, comme si ça importait brusquement que je ne me tripote pas la poitrine devant mon médecin, étrange souvenir de bienséance.

**

La tante de Callum est décédée avant-hier d'une rupture d'anévrisme. J'ai l'impression d'assister à une douloureuse scène qui se déroulera à nouveau dans quelques mois. Quel cercueil voudrais-je ? Un beau bois, lisse et brillant, vernis même. Qui refléterait la lumière. Je m'avance avec lenteur dans l'allée. Je ne peux pas tenir la main de l'homme que j'aime. Je n'ai pas le courage de le réconforter. Lui ne va pas mourir. Il voit les autres partir – peut-être est-ce même plus difficile. Je sens qu'il a besoin de moi, mais ça m'agace, parce que je sais pertinemment que je n'ai pas envie d'être là. Je garde mes bras contre moi ; je serre ma pochette contre mon ventre, je rajuste mon chapeau, je nettoie ma robe, pourvu que ma main ne soit pas libre, et que je sois occupée à quelque chose d'aussi futile à chaque fois que je sentirai son regard sur moi. Désolée, pas pour le moment ; plus tard, peut-être. Je m'approche avec lenteur du cercueil ouvert. Moi aussi, j'aurai un cercueil ouvert. Je suis jolie, finalement – je me sens tellement bête d'avoir râlé toutes ces années d'avoir un bouton, des cheveux trop lisses, des yeux trop petits, des lèvres trop pleines. Non, je me sens jolie. Je serai bien maquillée, ce jour-là – j'aurai un rouge à lèvre prune, ou bordeaux, et mes cheveux seront élégamment noués, si j'en ai encore. Sinon, j'aurais une belle perruque sulfureuse. Et une robe serrée, longue, en dentelle. Oui, je serai jolie le jour de mon enterrement, me dis-je en observant la tante, qui nous avait tant invités à déjeuner pendant des années. Est-ce que quelqu'un me fera un discours ? Aux États-Unis, personne ne porte de chapeau aux enterrements, c'est so british. Mais tellement élégant. Peut-on demander un dress code, pour un enterrement ?

J'ai mangé, j'ai bu un peu de vin, j'ai discuté, j'ai souri. Ce serait un peu égoïste de faire la gueule à un enterrement. Mais j'en ai marre, je suis pressée de partir me coucher. Les parents de Callum nous hébergent pour la nuit, je ne sais pas vraiment qu'en penser. Je n'ai jamais apprécié dormir chez d'autres gens. Et si le matin, j'ai envie de me balader à poil dans leur couloir, de manger mon fromage blanc sur le canapé devant la rediffusion d'une émission stupide ? Je soupire, en essuyant poliment le coin de mes lèvres, pour ne pas abîmer mon maquillage.
La nuit, enfin arrivée. Ce matelas est trop dur, et les draps trop fins, trop froids, mais je suis apaisée. Allongée sur le dos, je passe une main sur mon ventre. La peau est douce, mon ventre est plat, je me sens jolie. Je remonte mes doigts sur mes seins, sens le bandage, que j'effleure à peine. Malgré tout, je suis jolie. Et surtout, je ne suis pas morte. Je sens la vague de chaleur rouler le long de mon ventre, et s'allumer plus bas. Les battements de mon cœur se font plus rapides, et je lâche un bref soupir. Callum. J'ai envie de lui, j'ai envie d'être emplie, je veux le sentir tout entier en moi. Son corps chaud et lourd sur le mien, à ne satisfaire que mes besoins les plus primaires. Je glisse une main le long de sa hanche, colle mon corps au sien sous les draps qui bruissent doucement. Putain, cette envie me ferait monter le rouge aux joues. J'ai envie de baiser ; pas de faire l'amour, de se câliner, de s'embrasser. Ma main caresse son ventre, et je dépose un bref baiser sur son épaule, comme pour l'inciter à se réveiller. Debout, debout, chéri. Mes doigts ne font plus vraiment de détour, et se glissent sous l'élastique de son pyjama, et commencent leurs caresses, tandis que je lui grimpe dessus avec difficulté. Je sens ses lèvres ensommeillées chercher les miennes, et je lui offre mon cou, laissant traîner les miennes le long de son épaule. L'envie qui me dévore est bestiale, mon ventre est douloureux, et je m'agite lascivement. Prends-moi, prends-moi vivante, tout entière, fais de moi ce que tu veux, mais baise-moi comme jamais ; je suis déjà en sueur, et je le sens pourtant s'éloigner de mon visage. Ses mains s'emparent de mes bras, me repoussent. Non, non – je m'appuie sur lui, enfonce mon bassin contre ses jambes, en une position inconfortable.

« Arrête...
Quoi ?, chuchoté-je, en faisant mine de l'embrasser – s'il n'y a que ça pour le persuader.
Mais arrête, pas maintenant..., maugrée-t-il, d'une voix enrouée.
Tu te rendormiras après, mais j'ai très envie...
Comment tu peux en avoir envie ? On a enterré ma tante aujourd'hui, tu peux avoir la décence d'attendre un peu ?
La décence d'attendre ?, sifflé-je en me redressant brusquement, et j'écrase ma main contre l'interrupteur, les yeux plissés par la soudaine luminosité. La décence d'attendre quoi ? Que je finisse comme ta tante ? C'est facile à dire pour toi, d'attendre. Toi, tu sais que dans un mois tu voudras encore baiser, et que tu le pourras, que tu seras pas une putain de loque détruite par le traitement. »

Je serre le drap contre moi, honteuse et gênée. Plus de sein, plus de cheveux, la chimio, le cancer, et je devrais attendre un moment opportun pour baiser. Je détourne le regard, garde les yeux résolument fixés contre le mur nu.

« C'est trop difficile à comprendre, que j'en ai envie ?
Et je dois faire quoi, moi ? Céder à tous tes caprices ?
Mes caprices, craché-je, faussement interloquée. Mes caprices.
Elle, je fais tout ce que tu veux, tout le temps ! Je me plie en quatre, je bosse deux fois plus qu'avant, je demande à mes parents de nous aider, je fais tout à la maison, et si tu veux précisément parler de ça, on fait l'amour dix fois dans la semaine, quand tu le veux, alors... »

Je n'entends pas bien le reste. Je me sens bête, fautive, et à la fois incomprise. J'ai seulement envie de lui répondre que je demandais une partie de jambe en l'air, que je voulais juste baiser, mais mieux vaut que j'en reste là. Je déglutis difficilement, et croise les bras plus fort contre mon buste. Ça tire sur mon bandage, m'arrache une grimace, mais je reste immobile. Pourtant, je n'arrive pas à clore la discussion là-dessus. J'ai besoin d'être méchante. D'une lenteur calculée, je repose mon regard sur lui, laisse un bref silence s'installer.

« De toute façon, tu vas pas en crever, toi. Tu t'en fous, t'as tout ton temps, alors la bienséance, hein... Quand je serai plus là, tu pourras reprendre ta petite vie, faire ce que tu veux, aller où tu veux. Ton seul rôle, c'est d'être malheureux pour moi, de faire la gueule après avoir vu le médecin et de me prendre dans tes bras, mais tu comprends même pas. Tu souffres pas, c'est pas toi qui perds toute une part de toi, dans ce pays de merde qui est même pas le tien, qui penses qu'à la mort, le matin quand tu ouvres les yeux, le soir quand tu les fermes. Ta tante, elle est déjà morte, on peut plus rien faire pour elle. Moi... »

Je me lève, abandonne le drap, et sors de la pièce. Je me précipite vers le salon, et me pose sur le canapé en cuir froid, qui me colle déjà aux cuisses. Le pire, c'est que j'ai encore envie, putain.


** 2015

Je me contemple dans le miroir. Défigurée des seins. La cicatrice sombre barre la moitié de ma poitrine, et je ne peux en détacher le regard. J'ai peur de le faire repousser. Et si je me trompais ? Et si j'y incluais une cellule cancéreuse, qui proliférerait à une vitesse fulgurante ? Et s'il repoussait mal ? La chimio me tue à petit feu. Je ne suis même plus capable de faire quoique ce soit, et je pense déjà à utiliser la magie. Je n'aurais pas du commencer le traitement. Je vais en mourir, forcément. La guérisseuse... Je me rattache à cette hypothèse que je sais pourtant fragile.
Encore six mois de chimio. Quatre. Trois. Un. Terminé. Je suis une épave. Je ne suis plus moi. Je suis irascible. J'en veux à tout le monde. Je suis devenue détestable. Je veux tout, tout le temps. Au début, je voulais faire l'amour tout le temps. Comme si j'allais vraiment crever d'un moment à l'autre. À tout bout de champ, je ne pensais qu'à ça, tout le temps – à sa peau chaude sur la mienne, ses mains, à lui tout entier, en moi, jusqu'à me remuer les entrailles. Puis ça s'est évanouit, aussi vite que c'est arrivé. Je sors à peine du lit, je grignote comme un pauvre oiseau fragile, je ne dors même plus. Quelle vie. Ça n'ira plus jamais mieux. Je n'irai plus jamais mieux, c'est terminé pour moi, le bonheur, l'insouciance, la beauté de la vie et la simplicité des choses.

*

Non, bien sûr. On perd un proche, et un jour, sans s'en rendre compte, on se laisse aller à un sourire, à un gloussement, à manger avec appétit, à faire l'amour à nouveau, à vouloir des enfants. La vie continue. Pour moi aussi, évidemment, et plutôt deux fois qu'une. Je suis en rémission. « Atténuation ou disparition momentanée des symptômes d'une maladie ». Ça donne envie. Mais je ne me laisse plus abattre, je ne m'abandonne plus à la facilité. Rester au lit toute la journée, c'est pour les faibles. Je ne le suis plus.
Et je dois payer mes soins, surtout. Le cancer, ça te bouffe une vie entière. Il n'y a plus que ça. Le cancer. Tout le temps, partout – une toux, et on imagine la métastase dans la gorge. Métastase. Le mot que je redoute le plus. Mé-tas-tase. J'en vomirais, de détester ce mot, du plus profond de mon être. Mot de merde. Mais je ne l'entendrai jamais ailleurs que dans ma tête, ce mot.

J'enfile ma perruque, essaie de la positionner le plus correctement du monde, parce qu'il est impératif que le rendu soit joli. Un beau carré blond. Ça me va plutôt bien, d'ailleurs. Je me maquille le teint, et me fais de belles lèvres rouges. Je serai blonde fatale, tiens. Mais pas de bijoux – sur moi, ça fait pute. Je me recoiffe en prenant mon temps. C'est étrange. Je vais mieux, ça y est. Callum et moi, nous allons nous marier, un jour. Et nous aurons des enfants. Je passe mes mains sur mes joues, sans réellement me reconnaître dans le miroir, et quitte finalement l'appartement.

**
2016

Le temps passe, la blessure se panse. Je n'ose pas reconstruire ma poitrine, j'ai trop peur. Je ne risquerai pas de faire revenir quoique ce soit dans mon corps. Et puis, j'avais de petits seins, de toute manière. J'ai fait repousser le mamelon, en prenant toutes les précautions du monde, fébrile et en sueur. Ils sont de toute évidence disproportionnés, mais ça n'est pas trop choquant. Un jour, peut-être. La magie m'épuise, et je vends pourtant mes dons pour poursuivre mon traitement. Une localisation, un enchantement, une protection, une petite réparation physique – dorénavant, plus personne ne se cache, alors je m'en donne à cœur joie. Et ça paie quand même vachement bien.
Bonsoir, qu'est-ce que je peux faire pour vous ? Comment m'avez-vous connu – bouche à oreille certainement ? Êtes-vous client de la Magic Box ? Oh très bien, super, fantastique – qu'est-ce que je m'en fiche, mon vieux. J'affiche un sourire bienveillant. Un peu de muscle pour un monsieur qui ne sait pas se les construire tout seul, alors ? C'est comme si c'était fait. Et je travaille, bonne petite fourmi. L'ambiance, l'encens, la concentration maximale, les forces qui me quittent, l'énergie immense que ça me demande – je ne suis pas encore au mieux de ma force. Bientôt, ça ira mieux. Je sens l'énergie passer dans son corps, et les muscles poussent comme de petites plantes. Pff.
Je pose les mains sur la table, visiblement épuisée. D'habitude, ils me remercient, posent l'argent, et ne cherchent pas à savoir comment je vais. Pas lui. Je sens sa main sur la mienne, et je tressaille, surprise.

« Je suis seulement un peu fatiguée, dis-je en rajustant mes faux cheveux, les yeux mi-clos. Ne vous en faites pas, allez profiter de votre nouveau corps... »

Je ne sens pas sa main se décoller, et je plante mon regard dans le sien, en m'efforçant de garder les yeux ouverts. C'est pas le moment de faire dans la dentelle, mec, casse-toi. Je retire ma main, et lui souris poliment.

« Je suis navrée, mais je suis... »

Une main se colle contre mon cou, et son visage se rapproche dangereusement du mien – tant que je sens sa respiration contre ma peau, et les mèches de ses cheveux sur mon front. Je n'ai plus le temps de parler, tout se déroule beaucoup trop vite. Un corps puissant contre le mien, une main qui défait les boutons de mon jean avec brusquerie. Je me sens déjà défaillir, j'ai envie de vomir et de hurler à la fois, je n'ai plus suffisamment de force pour me débattre – je gesticule mollement, comme un morceau de tissu. Non, pas ça. Pas ça. Je n'ai pas survécu pour ça. Mon jean glisse à peine jusqu'au milieu de mes cuisses, et je les sers de toutes mes forces en sentant ma culotte rouler le long de mes fesses.

Recroquevillé au sol, le corps roulé en boule dans une mare de sang, Elle n'est plus vraiment là. Quelque chose s'est brisé. C'en est trop, pour elle, elle n'a rien fait pour mériter ça. La haine a grossi aussi vite que la tumeur dans son sein des années plus tôt, trop vite et trop tard. Il avait déjà commencé son affaire. Et la colère rugissait dans son crâne comme une bête furieuse. Vas-y, continue – laisse-moi m'éveiller, laisse-moi un peu de temps pour te faire payer tout ça. Les larmes avaient roulé sur ses joues, encore, mais la furie n'allait pas tarder à sortir de sa torpeur. Une furie qu'elle connaissait, et qui s'était éteinte. Calmée par une vie paisible, effrayée par une maladie douloureuse, elle n'avait plus voulu sortir de sa tanière. Ce soir était le moment idéal pour un formidable come-back. Le sang avait giclé de lui-même de tous les pores de ce type, peut-être même boosté par ses muscles sollicités – Elle ne savait pas, mais ç'avait été impressionnant. Elle baignait dans son sang, et se sentait ici dans son élément. Le sang, la douleur, la mort. Le sang, surtout. C'était peut-être même le moment idéal pour un beau sacrifice. Un vrai. Le premier vrai sacrifice de sa vie. Et elle prierait tous ses dieux. Ils lui pardonneraient de n'être plus revenue vers eux depuis l'adolescence, parce que sa foi était réelle et sincère. Elle roule sur le côté, avec lenteur, et s'imprègne du liquide rouge. Oui, ce soir, elle va renouer avec elle, profondément. Elle ne sera plus faible, elle ne se laissera plus faire.

Les dieux, ou je ne sais quoi, sont revenus croquer le sacrifice. Et lécher le sang. En tout cas, c'est ce que je pense, parce qu'au petit matin, il n'y avait plus rien. Tout était propre, comme si rien de tout ça ne s'était réellement déroulé. Mais le sang avait séché sur moi, et je n'ai pas pu prétendre avoir fait un terrible cauchemar plus longtemps. Le matin, au réveil, je n'avais pas non plus douté de tout ça, je ne m'étais pas demandé si c'était vraiment arrivé.
Je croise les jambes, dans la salle d'attente du médecin. J'ai fait mes analyses de sang, et il m'a appelé. Mais je ne m'inquiète pas. La maladie n'est pas revenue, je le sens. Je ne suis plus la même, et aujourd'hui, je sais pertinemment qu'elle n'est plus là. En fait, je ne me suis même pas questionnée sur la raison de ma présence. Je m'en fous complètement, tant que je vais bien. Je me lève à l'appel de mon nom, suivie de Callum. Je baisse les yeux. Peut-être que je ne m'en fiche pas tant que ça.
La discussion s'entame, et le médecin s'est collé un sourire débile sur la face, qui me hérisse le poil. C'est quoi, la bonne nouvelle, putain ?

« Je ne pensais pas avoir une telle à vous annoncer, mais... vous êtes enceinte. »

Vous êtes enceinte. Vous avez un cancer. La sensation est la même. J'en tomberais. Je me foutrais par terre. J'en crèverais. Mais c'est un cauchemar. Je dois en sortir, je dois me réveiller, je dois partir d'ici. Mes jambes ne me portent pas, et je reste assise. Immobile. Avec Callum, ça doit faire six mois qu'on a plus baisé. Rien du tout. Je n'y arrive plus. Je n'en ai plus envie. Je suis trop fatiguée, je ne me sens finalement plus aussi jolie, mais je suis surtout exténuée. La boule se forme dans ma gorge, dans ma tête. Je n'ose plus bouger. Je n'affronterai pas son regard. Peu à peu, je lâche mon sac, qui me glisse des mains, et s'affaisse au sol dans un bruit mou, qui m'arrache une grimace. Un putain de cauchemar. Mais je ne me laisse pas aller. J'ai survécu au cancer, le cancer n'a pas foutu ma vie en l'air – ça non plus. Je serre mes doigts sur mes cuisses. Un silence des plus gênants s'installe. Je reste immobile, comme un chat, incertain de savoir s'il va se faire remonter les bretelles. Je vois la silhouette de Callum se redresser sans bruit, et je me lève aussitôt. Je le suis, je dévale les escaliers à sa poursuite, je lui crie de m'attendre. Je ne peux même pas tomber enceinte, je suis sûre que c'est une erreur – j'étais supposée attendre deux ans après le traitement pour ne serait-ce qu'imaginer que... et puis je n'ai mes règles que depuis quelques mois... Je cesse de courir peu à peu, je le laisse me distancer. Je suis tellement fatiguée. Trop de drames, trop de disputes, de pleurs, de cris. Je regarde sa silhouette s'en aller, s'éloigner, et emporter avec elle les vestiges de mon ancienne vie. Je dois la rayer de la carte, elle n'existe plus. Ce bonheur, c'est terminé. Et je n'ai même pas envie de pleurer. Ma revanche sur ce type est prise depuis le début. Callum mérite mieux. Et moi... je mérite autre chose.

**

Assise sur les toilettes, la bouteille à la main, je dois faire peine à voir. Une pauvre ivrogne qui ne peut pas se passer de son verre même sur le trône. Je bois plusieurs gorgées en grimaçant, et quelques filets d'alcool coulent le long de ma gorge. Je pose ma main libre sur mon ventre, là où j'imagine le petit fœtus. Mais je ne peux pas imaginer un minuscule bébé, alors je pense à une espèce de crevette grise, j'imagine. Je suis désolée. Je suis désolée. Tellement désolée.



Shit happens. Une gigantesque merde, en ce qui me concerne. Mais ça arrive. C'est terminé, maintenant. Toute la merde du monde peut s'abattre sur moi, je saurai y faire face.

Spoiler:
 

Paradis artificiel
CHOIX DANTESQUE Inventé. P'TI NOM J'ai pas de petit nom moi, j'suis la princesse des ténèbres bordel ! arrow RUMEURS J SESAME Validé par Bailey LE VENT D'EST Zig-Zig à l'appareil Big Eyes DECLARATION Il est vraiment... choupinoupinet. TROMBINE Crista Cober.



Dernière édition par Elle Sheppard le 30/3/2016, 20:49, édité 3 fois
Revenir en haut Aller en bas
 
avatar
 
SEUL LE PIRE ARRIVE

SIGNALEMENT : big bad wolf, wouf!
HABILITIES : Capacité à avoir un carma de merde, comment ça c'est pas un super pouvoir...
OFFICE : Détective privé spécialisé dans les affaires obscures des CESS
SERENADE : Ben Frost :: 'Venter' (musique de la sign)


INFORMATIONS CONFIDENTIELLES
SOBRIQUET : Eden Memories
MISSIVES : 1359
ACTE DE PROPRIETE : Eden Memories.

Je vomirais sur mes contemporains le dégoût qu'ils m'inspirent. Flaubert
 
Piotr Vuk Ludwiczak
FONDA BITCH Ϟ there is a new sheriff in town


Black Moon
JE SUIS:
CAPACITES:
MEDISANCES:
MessageSujet: Re: Elle Sheppard -    30/3/2016, 13:31

Bienvenue parmi nous jolie miss coucou

Une sorcière à la MB, très cool.
Princesse des ténèbres, j'aime ce titre. pépé

_________________