CROYANCES, ESPRITS ET RITUELS VOUS SERONT EXPLIQUES
Le Vaudou
Le vaudou qui signifie en langue fon "Culte des esprits" tire ses racines des pratiques religieuses et magiques africaines associées au culte catholique. En effet aux XVI ème siècle, pour pallier à la disparition des indiens en tant que main d’œuvre des millions esclaves africains vont être déportés dans les colonies du Nouveau Monde et notamment sur l’île de St Domingue (qui deviendra plus tard Haiti). C’est là que naquit le Vaudou. Sous l’influence et l’oppression des colons, les esclaves métissèrent leurs traditions africaines du culte catholique. .
→ CROYANCES
Il y a dans le vaudou tout un panthéon d’esprits nommés loas. Lors des cérémonies ce sont ces esprits qui sont invoqués. Mais au dessus il y aurait Dieu ou le « Grand Maître », démiurge suprême qui serait le début et la fin de tout ce qui existe. Si son nom est souvent invoqué dans la vie quotidienne, il ne lui est rendu aucun culte, car placé au fondement même de la symbolique des esprits, il en constitue la réserve. Ainsi les loas seraient l’équivalent des Saints de la religion catholique (il est d’ailleurs troublant de voir à quel point beaucoup de ces loas correspondent à des Saints du catholicisme) , à savoir des intermédiaires entre l’humain et le divin . Dieu est ici le grand Architecte de l’Univers et il est considéré par les vaudou comme la même entité que celle des autres religions monothéistes , une entité Universelle existant par delà les dogmes et les interprétations religieuses. Ainsi pour les Vaudouisans toutes les religions monothéistes s’adressent à la même et seule entité, et sont par là même en droit d'être respectées.
Les loas sont divisés en deux groupes , ceux du culte Rada, et ceux du culte Petro. Les loas rada viennent de la tradition africaine et sont de nature bénéfique et bénigne. Les loas petro sont apparus à l’époque de l’esclavage et ont une connotation beaucoup plus ambivalente et obscure.
Papa Legba est l’un des principaux loas. Il est le maître des carrefours, il garde l’entrée des temples, la croisée des chemins. C’est le premier loa à être invoqué lors des cérémonies car c’est celui qui ouvre les portes de la communication avec les autres loas. Versatile, parfois colérique, il peut être tout à tour protecteur ou maléfique. On le représente parfois sous les traits de Saint Pierre, qui garde les clefs du Paradis. Il vit sur les routes ou les croisements, où il apparaît sous les traits d’un vieillard boiteux en haillons. On lui offre du riz, des bananes et des coqs, sa couleur est le rouge.
Un autre loa de première importance est Baron Samedi. Il est le chef des Gédés qui sont les loas de la mort, sa femme est la Grande Brigitte. Il est souvent représenté en habit noir et en chapeau haut de forme en train de fumer le cigare en buvant du rhum. Les cérémonies de magie et de sorcellerie qui lui sont consacrées ont lieu dans les cimetières ou à la croisée des chemins. On lui sacrifie boucs et coqs noirs, son attribut est une croix noire et ses couleurs sont le noir et le violet.
Erzulie est le loa de l’amour. Son domaine est l’amour sous toutes ses formes, aussi bien psychique que charnel. Elle apparaît souvent sous les traits de la Vierge Marie. Mais elle est provocatrice et sensuelle, mi madone mi prostituée. On lui offre des parfums et des objets de toilettes. Son symbole est un cœur multiple et un miroir.
Damballah est l’un des loas les plus anciens. Il est représenté sous forme d’une couleuvre blanche. C’est un loa bénéfique , sa femme est Aïda Wedo qui a les mêmes champs d’action que son mari. Il habite dans les sources et les rivières et son symbole est une couleuvre arc en ciel. On lui offre tout ce qui est blanc :des poules blanches, du riz, du lait, des œufs , de la farine.
Ogoun a pour attribut des cornes de taureau. Il représente l’aspect guerrier. Il aime recevoir en offrande des coqs rouges, parfois un bœuf. Ses adeptes portent un foulard rouge. Le feu est son élément mais il est aussi le loa de la fertilité.
Les loas Jumeaux (ou loas loa Marassa) sont parfois représentés sous les traits de Saint Côme et Saint Damien.Ils symbolisent l’harmonie première, l’union originelle du ciel et de la terre, du jour et de la nuit, ils réunissent les contraires. Ils sont instables et peuvent être destructeurs.
Le Vaudou compte une multitude d’autres loas,et au fur et à mesure du temps en apparaissent d'autres.En effet le Vaudou s'adapte aux différentes époques et intègre certaines croyances d'autres religions. Ceci peut s’expliquer par le fait qu’il n’y a pas véritablement de dogmes, et que les croyances y ont été transmises essentiellement par voie orale, même si certains textes, comme la Kabbale ou la Bible, sont utilisés.
→ RITUELS
L'un des moments essentiels est la cérémonie. C'est durant ce moment que vont être invoqués les loas. Le rite se fait au sein d'un hounfor (temple vaudou) et est dirigé un Houngan(prêtre vaudou) ou son équivalent féminin la Mambo. Le Hougan et la Mambo sont souvent munis d'une calebasse emplie de vertèbres de couleuvre qui les différencie des autres pratiquants. La cérémonie se déroule en deux temps principaux: l'appel des loas et le sacrifice. Avec le Houngan et la Mambo, les initiés sont les principaux acteurs de la cérémonie. Ils ont divers rôles : musiciens, danseurs, commanditaire, sacrificateur, spectateurs.
On sacralise l'espace par le rite du jétédlo (jeté de l'eau), la disposition des objets sacrés vers les quatre points cardinaux et la parade des drapeaux. Au milieu du lieu de cérémonie se trouve le poteau mitan, mât décor des signes loa, symbole de la communication entre le monde céleste et le monde terrestre: le poteau mitan symbolise l'axe du monde. Au pied du poteau mitan, sur un socle, sont rassemblées les offrandes, différentes selon le loa invoqué. Au sol sont dessinées, autour du poteau mitan, à la craie, avec de la farine, du plâtre ou du marc de café les symboles des loa : les vèvè. D'autres signes sont souvent peints sur le poteau mitan, accompagnés d'objets accrochés, notamment des feuilles de palmier royal destinés à chasser les mauvais esprits.
Puis les tambours, éléments essentiels et symboliques du rite, semettent en place. Les tambours font battre à l'unisson les coeurs des initiés et ceux des loas, les deux mondes entrent alors en contact par les prières, les danses, la musique et les libations.
Les loas sont sensés se nourrir et bien boire à leur arrivés afin d'être disposés à aider ceux qui sollicitent leur aide. Des mets divers et des liqueurs les attendent. Arrive alors le moment du sacrifice. On prépare l'animal en l'habillant de symboles multiples, en le nourrisant et en le parfumant avec des potions préparées par le Houngan. Le rythme des tambours s'accélère et se fait plus intense, emportant les initiés dans une transe spirituelle. Une fois l'animal égorgé, le sacrificateur goûte à son sang et les initiés y trempent leurs mains. L'animal est alors présenté, offert symboliquement aux loa, face aux quatre points cardinaux. Les chants et danses redoublent de puissance, les vèvès préalablement dessinés sur le sol sont sensés appeler les loas.
C'est alors que survient le sommet de la cérémonie. Le loa entre dans le corps de l'un des initié, on dit qu'il le chevauche. Il se met à danser avec frénésie, différemment selon le loa invoqué. Le loa ne partira pas tout à fait, après la cérémonie, un lien se créera entre l'initié et l'esprit, pour toute sa vie.
Vases, bouteilles, colliers, bougies, pierres sacrées, pots, paquets magiques, poupées, ficelles de toutes couleurs entassés sur un autel. Ce sont des wangas, ils sont destinés à capter les esprits, bénéfiques, maléfiques ou protecteurs. "Wanga" signifie fétiche. Ce sont bien souvent des objets ayant une fonction particulière. Certains peuvent avoir pour rôle de protéger une personne ou d'influer sur sa vie de façon bénéfique, d'autres d'influencer les éléments. Les fameux gris-gris sont également utilisés, ce sont en général de petit sac en cuir porté autour du cou et contenant une mixture contenant divers éléments (poivre de cayenne, brique en poudre, cheveux, peau de serpent etc..).
Si les Houngan recherchent avant tout la communion spirituelle par le respect des équilibres et l'osmose avec la nature et les différentes formes de vie, il existe des prêtres nommés Bokor, qui eux se livrent ,dans le but de nuire, à une forme de magie noire. C'est cette dernière qui, même si minoritaire chez les véritables pratiquants vaudou, a le plus marqué l'inconscient collectif. Ce qui différencie un Bokor d'un Houngan est essentiellement la pratique de l'envoutement, notamment par l'utilisation de poupées vaudou. Même si en réalité ces dernières font davantage parti du folklore que véritablement du Vaudou par lui même. Il est d'ailleurs amusant de voir que cet aspect du Vaudou est celui qui vient en premier dans l'esprit des gens lorsqu'on leur parle de Vaudou. Mais ce genre de poupées existaient bien avant la naissance du Vaudou. Dans la France du Moyen-Age des poupées en cire traversées d'aiguilles pour nuire à autrui étaient déjà utilisées. Ces poupées ne seraient elles que des Vestiges du colonialisme importées par les européens? Il n'en demeure pas moins qu'elles sont utilisées dans le Vaudou, mais cette pratique est plus de l'ordre du Hoodoo (Partie folklorique et sorcellerie) que véritablement du Vaudou pure en tant que religion.
Une autre pratique assez connue est la zombification. Le bokor fait jeter au visage de la victime une poudre la plongeant dans une profonde léthargie proche de la mort. Le but est de ralentir les fonctions vitales au maximum, ce qui donne tous les symptômes de la mort clinique. Dans la conception de cette drogue intervient également, des os broyés en poudre de préférence ceux d'un ou d'une sorcière, lézards, ver polychète, plantes, mais aussi la Tétradotoxine issue du poisson globe qui a un grand rôle dans la composition de cette poudre. Tenue pour morte la victime est enterrée, puis exhumée le soir même par un sorcier qui lui administre un contre poison. L'individu reste plongé dans un état de catalepsie, dû à la faible oxygénisation de son cerveau. Le bokor se servirait ainsi de ce zombi comme esclave. Il existe à Haïti des sociétés secrètes telles que Bizango ou le Cochon Gris, constituées de Bokors, exerçant ce genre de pratique ainsi que le sacrifice humain. Il est difficile de savoir si de telles affirmations sont fondées, il n'en reste pas moins que ces sociétés secrètes instaurent un climat de terreur bien réel au sein de la population haitienne.